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Abbaye de Saint-Jacut : une retraite au bord de la mer

Sur une presqu'île de la côte d'Émeraude, l'abbaye de Saint-Jacut reçoit ses hôtes depuis 1875, avec les Sœurs de l'Immaculée. On y vient pour une retraite, des vacances en famille ou quelques jours de calme, la mer au bout du jardin.

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Vue aérienne de l'abbaye de Saint-Jacut et de la presqu'île

Sur une presqu'île de la côte d'Émeraude, l'abbaye de Saint-Jacut reçoit ses hôtes depuis 1875, avec les Sœurs de l'Immaculée. On y vient pour une retraite, des vacances en famille ou quelques jours de calme, la mer au bout du jardin.

Quinze siècles d'histoire sur une ancienne île

L'histoire commence au Ve siècle. Selon la tradition, saint Jacut et son frère jumeau Guéthénoc sont nés au pays de Galles et arrivent en Bretagne avec leurs parents. Un autre de leurs frères, Guénolé, fondera Landévennec. Jacut s'installe à Landouart, qui est alors une île, et une petite communauté de moines se forme autour de lui. Elle suit d'abord la règle de saint Colomban, très austère, puis adopte la règle de saint Benoît, officiellement en 818.

Les Normands pillent le monastère en 878. Les reliques du saint sont emportées vers le sud et reposent depuis à Saint-Jacut-les-Pins, près de Redon. Relevée au XIe siècle, l'abbaye devient puissante : en 1163, une bulle du pape lui reconnaît vingt-sept églises, jusqu'en Angleterre. Ses abbés siègent aux états de Bretagne. Les moines, de leur côté, bâtissent les digues qui finiront par rattacher l'île au continent.

Au XVIIe siècle, les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur reprennent la maison. Ils partagent leurs journées entre la prière, l'étude, la copie et les champs, et rebâtissent l'église abbatiale. Il n'en reste rien. À la Révolution, les quatre derniers moines s'en vont, le domaine est vendu en 1798 et sert de carrière de pierres. Aujourd'hui, la pelouse de la cour d'entrée suit à peu près le tracé de l'ancien cloître.

Les bâtiments de l'abbaye de Saint-Jacut vus du ciel
Les cinq ailes de l'abbaye, vues du ciel.

Les Sœurs de l'Immaculée, chez elles depuis 1875

En 1875, les Sœurs de l'Immaculée de Saint-Méen-le-Grand rachètent les ruines. Leur congrégation est née en 1831 à Saint-Méen-le-Grand, à l'ouest de Rennes, à l'initiative du curé de la paroisse, le père Corvaisier, et de Pélagie Le Breton. Elle s'occupe d'éducation, de malades et de pauvres. Ce ne sont donc pas des moniales cloîtrées mais des religieuses de vie apostolique.

À Saint-Jacut, les sœurs ouvrent d'abord une école gratuite pour les filles de la région. Pour la financer, elles reçoivent l'été des familles en pension. L'école a fermé avec les lois de laïcisation, mais la pension de famille est restée. À la fin des années 1990, la communauté lance une programmation culturelle et spirituelle, les Rendez-vous de l'Abbaye.

La maison est aujourd'hui gérée par une association, l'Association la Providence, dont le conseil réunit des religieuses et des laïcs. Une équipe de salariés tient l'accueil, la cuisine et les chambres. Les sœurs prient chaque matin les laudes et restent disponibles pour ceux qui ont besoin de parler.

Un lieu de prière de l'abbaye de Saint-Jacut
L'un des trois lieux de prière de l'abbaye.

Une maison ouverte, entre le jardin et la mer

On entre par un grand portail, ouvert toute la journée. La vie de la maison tourne autour d'une longue galerie vitrée où l'on s'arrête pour bavarder, prendre une boisson chaude ou regarder une exposition.

Derrière, le jardin couvre trois hectares. On y trouve un potager, un érable du Japon, une statue de saint Jacut et un platane de 24 mètres. Au nord, la pelouse donne sur la baie de l'Arguenon, et c'est de là que la vue est la plus belle. Une porte ouvre directement sur la plage de l'Abbaye et l'ancien sentier des douaniers.

Ce n'est pas une maison de silence strict. L'été surtout, on croise des familles, des enfants autour de la table de ping-pong, des groupes en session. Le silence est demandé dans les couloirs et, le soir, dans les cours et le jardin. Pour prier, trois lieux sont ouverts à tous : une chapelle aménagée en 1979 dans l'ancienne étable, une crypte et un oratoire. La bibliothèque compte près de 6 000 livres, et un salon de lecture met la presse à disposition.

Croix plantée sur l'estran à marée basse, devant l'abbaye de Saint-Jacut
Une croix sur l'estran, devant l'abbaye, à marée basse.

Les modalités pratiques d'une retraite

L'abbaye reçoit des personnes seules, des couples, des familles et des groupes, toute l'année sauf une semaine début janvier. Les groupes ne sont pas accueillis en juillet et en août.

On peut venir pour une retraite personnelle, à son rythme, ou s'inscrire à l'une des retraites et sessions des Rendez-vous de l'Abbaye, qui durent de deux à six jours. Le programme change chaque année : conférences, ateliers, méditation, concerts.

Les chambres, une centaine, ont toutes une salle de bain, le Wi-Fi et une table pour écrire. Les lits sont faits à l'arrivée. Les repas sont cuisinés sur place, avec déjeuner à 12 h 15 et dîner à 19 h 15. Hors groupes, on mange selon un plan de table, ce qui fait souvent rencontrer des gens qu'on n'aurait pas abordés.

Les sœurs disent les laudes à 9 h. L'été, un aumônier célèbre la messe chaque jour ; le reste de l'année, des prêtres de passage la célèbrent régulièrement. Rien n'est obligatoire.

La durée du séjour et la participation aux frais se voient avec l'abbaye au moment de la demande de séjour. Les animaux ne sont pas acceptés.

Salle à manger de l'abbaye de Saint-Jacut
La salle à manger, où l'on partage la table avec les autres hôtes.

Autour de Saint-Jacut : la presqu'île, les Ebihens et la côte d'Émeraude

Saint-Jacut se surnomme la presqu'île aux onze plages, et le sentier des douaniers (GR34) passe au pied de l'abbaye. Il faut vingt minutes de marche pour atteindre la pointe du Chevet, un peu plus d'une heure pour rejoindre le château du Guildo.

La sortie à ne pas manquer, c'est la traversée à pied jusqu'à l'île des Ebihens, à marée basse. Regardez les horaires des marées avant de partir : il faut quitter l'île au plus tard une heure après la basse mer. Le vendredi matin, le marché anime le village.

En voiture, Dinan et ses remparts, Saint-Malo et Dinard sont à une demi-heure environ. Le fort La Latte, près du cap Fréhel, n'est pas beaucoup plus loin, et le Mont-Saint-Michel se visite dans la journée.

Marche vers l'île des Ebihens à marée basse, au coucher du soleil
La traversée vers l'île des Ebihens, à marée basse.