Abbazia di Viboldone
Aux portes de Milan, les moniales bénédictines de l’abbaye de Viboldone ouvrent leur maison à ceux qui cherchent Dieu, du sens ou simplement un temps de silence, sous des voûtes peintes il y a près de sept siècles.
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Viboldone, une abbaye médiévale aux portes de Milan
À San Giuliano Milanese, en Lombardie, le bourg de Viboldone a gardé quelque chose de son âme d’origine : celle d’un village monastique posé au milieu des champs du Parc agricole Sud de Milan. Tout commence en 1176, lorsque les Humiliés, un mouvement religieux réunissant clercs, moines, moniales et laïcs, y fondent l’une de leurs premières églises. Prière commune, prédication de l’Évangile et travail artisanal, notamment la teinture de la laine, rythment alors la vie du lieu.
L’église est achevée en 1348, comme le rappelle une plaque à droite du portail, sous la conduite du prieur Guglielmo Villa. Après la suppression des Humiliés, ce sont les Bénédictins olivétains qui prennent le relais, jusqu’à leur départ forcé à la fin du XVIIIe siècle. L’abbaye dédiée aux saints Pierre et Paul, les « Deux Colonnes », reste alors silencieuse pendant plus d’un siècle et demi. Jusqu’à ce qu’une poignée de jeunes femmes décide de lui rendre sa voix.

Les moniales bénédictines de Viboldone
Le 1er mai 1941, en pleine guerre mondiale, un premier groupe de sœurs arrive à Viboldone sous la conduite de Mère Margherita Marchi. Elles viennent de Montefiolo et des catacombes de Priscille à Rome, où elles ont travaillé pour l’Institut pontifical d’archéologie chrétienne. Leur intuition : retrouver un monachisme féminin plus proche des sources bibliques, patristiques et liturgiques, vivre du travail de leurs mains et cultiver un vrai style d’hospitalité. À Milan, le cardinal Schuster, lui-même ancien abbé bénédictin, les accueille en père ; un jeune moine catalan en exil, Aureli Maria Escarré, futur abbé de Montserrat, accompagne leurs premiers pas.
En arrivant, les sœurs découvrent dans le clocher un grand crucifix en bois du XVe siècle, abandonné et littéralement en morceaux. Mère Marchi en fait rassembler les fragments dans une caisse… où ils attendront 1998 pour être restaurés. Il veille aujourd’hui sur la chapelle du Saint-Sacrement : une belle image de cette communauté qui a su relever ce qui était tombé.
En 1960, l’archevêque de Milan, Mgr Montini, futur Paul VI, obtient la stabilité de la communauté à Viboldone, et un nouveau monastère dessiné par l’architecte Luigi Caccia Dominioni est consacré en 1964. Les sœurs vivent toujours de leur travail : restauration de livres anciens depuis plus de quarante ans, pour des bibliothèques et archives publiques, des diocèses et des particuliers, mais aussi typographie et reliure, avec la fabrication de papiers marbrés à la main. Avoir appris le métier d’imprimeur dans les catacombes, avouez que ce n’est pas un parcours banal.

Une retraite spirituelle en Lombardie, au rythme de la Parole
À Viboldone, l’hospitalité découle directement de la Règle de saint Benoît : « Tous les hôtes qui se présentent seront reçus comme le Christ. » Les moniales accueillent frères et sœurs dans la foi, pèlerins, chercheurs de sens et chercheurs de Dieu, pour écouter, partager la prière et un peu de la vie de la communauté. Pas besoin d’avoir tout compris pour venir : la porte de Viboldone est ouverte à tous ceux qui cherchent, croyant ou non.
Le cœur de la journée, c’est la liturgie. Les plus matinaux pourront rejoindre les sœurs dès l’Office des lectures (5h20 en semaine, 5h55 le dimanche), puis aux Laudes à 7h10, à l’Eucharistie (8h en semaine, 10h15 le dimanche), à Sexte à 12h15 et aux Vêpres (18h en semaine, 17h30 le dimanche). La communauté accorde une place centrale à la lectio divina, cette lecture priante des Écritures : chaque samedi à 16h45, une lectio prépare la liturgie du dimanche. Les sœurs résument leur chemin en trois mots latins, per ducatum Evangelii, sous la conduite de l’Évangile.

La Casa del Priore : votre séjour à l’abbaye de Viboldone
Les hôtes sont logés dans la Casa del Priore, ou « Maison antique », reliée à l’abbaye par un portique. Une partie de l’édifice remonte au XIIe siècle, mais l’essentiel date du XVIe siècle, tout comme les fresques qui ornent de nombreuses pièces, en particulier la Salle de la musique et le Studiolo du prieur. Dormir sous des murs peints de la Renaissance : il y a pire pour se recentrer.
L'hôtellerie comporte :
- 7 chambres individuelles et 2 chambres doubles
- 2 chambres de 4 lits
- Sous les toits, un grand dortoir de 8 lits superposés et 1 lit simple, ainsi qu’une chambre individuelle
Au rez-de-chaussée, la maison dispose d’une salle de conférence de 50 places, d’une salle attenante de 20 places, d’une salle de restauration de 40 places et d’une bibliothèque pour les petits groupes. De quoi accueillir aussi bien un retraitant seul qu’une paroisse ou un groupe de jeunes.

Autour de l’abbaye de Viboldone : fresques, campagne et Milan
Entre deux offices, prenez le temps de regarder l’église elle-même. Sa façade en briques, rythmée de bifores et ornée de pierre blanche, s’ouvre par un portail de marbre surmonté d’une Vierge à l’Enfant entourée de saints. Au-dessus du transept, le clocher conique suit la tradition cistercienne. À l’intérieur, une nef sobre presque entièrement couverte de couleurs : Viboldone abrite l’un des plus vastes ensembles de fresques gothiques de Lombardie. On y admire une Vierge en majesté datée de 1349, des scènes de la vie du Christ et surtout un Jugement dernier attribué à Giusto de’ Menabuoi, inspiré de celui de Giotto à la chapelle des Scrovegni de Padoue. Détail étonnant : d’ordinaire placé près de la sortie pour avertir les fidèles, il est ici peint dans la partie réservée à la communauté, comme un rappel destiné aux seuls moines. Des visites guidées permettent d’en découvrir tous les secrets.
Dehors, le bourg de Viboldone s’étend au milieu des terres agricoles du Parc agricole Sud de Milan, idéal pour une marche tranquille. Et Milan n’est pas loin, ce qui fait de l’abbaye une halte précieuse pour qui vit ou passe dans la métropole lombarde. Un monastère aux portes de la ville, comme l’écrivait le cardinal Martini : c’est peut-être là tout le charme de Viboldone.
